Trouble dans le genre

“It’s raining men, hallelujah”, The Weather girls, It’s raining men.

Pourquoi les maris d’expat viennent de Mars et les femmes d’expat de Venus

Mon ami Eric, qui a tenu à rester anonyme, m’a suggéré de me pencher sur le sort des hommes expatriés qui suivent leur conjointe. J’ai en effet la chance de côtoyer quelques uns de ces spécimens rares mais plutôt en voie d’extension. Je parle ici des desperate housemen, c’est à dire des hommes qui n’exercent pas d’activité professionnelle ou du moins pas de façon continue ni complète. Ils ne sont pas très nombreux, surtout en comparaison de la population de desperate housewife dont je fais partie. Mais ils sont bien là. Bien entendu il ne s’agit pas pour moi de restituer leur ressenti, il leur appartient et je ne prétend pas savoir comment ils vivent leur situation. En revanche j’ai pu percevoir le regard porté sur eux par les autres expatriés, notamment les femmes. Et il me semble que leur position diffère largement de celle des fameuses “femmes d’expats”.

L’arrivée des maris d’expatriées constitue toujours un petit événement dans ce monde si uniformément féminin et ils doivent souvent se justifier de leur situation, mais ils sont en général très bien accueillis. On prend bien soin de mentionner mesdames “et monsieur” dans un gloussement quand ils se joignent à une assemblée féminine, soulignant le caractère incongru de leur présence. Ils demeurent néanmoins des bizarreries profondément sympathiques.

Je me pencherai dans un prochain article sur la position des femmes au foyer expatriées, mais on peut toutefois déjà dire qu’elle n’est pas à mes yeux si enviable. En France  la situation de femme au foyer est rarement observée avec admiration : dans une société où l’emploi des femmes est si largement répandu, elles paraissent sorties du passé et leur absence de carrière professionnelle a tendance à les discréditer. Si tout le monde trouve que s’occuper de ses enfants est une tâche noble, l’entrée à l’école est censée signifier pour les femmes un retour (pas toujours aisé d’ailleurs) au monde du travail. Le travail domestique n’étant pas valorisé, les occupations de ces femmes ne paraissent pas suffisamment légitimes. Que dire alors des femmes d’expatriés dans cette situation? Elles qui disposent de personnel pour gérer leur maison? Bien entendu elles apparaissent rapidement aux yeux extérieurs comme de futiles oisives occupées à enchaîner les manucures, les séances de gym et les déjeuners entre amies. Spoiler alert : la réalité est plus complexe.

Qu’en est-il alors de nos amis les hommes, maris d’expatriées? Et bien tout le monde les trouve admirables. Pensez donc  : des hommes qui s’occupent de leurs enfants, qui ont accepté de mettre leur carrière entre parenthèses au profit de celle de leur épouse, de la suivre au bout du monde…Les femmes font la même chose mais c’est tellement normal : après tout elles sont nées pour s’occuper des enfants, leur carrière ne sera jamais aussi brillante que celle de leur mari et c’est bien le moins qu’elles le soutiennent en le suivant là où il est indispensable. On plaint ces messieurs quand leur femme rentre tard du travail ou quand elle s’absente, tandis que cela constitue le lot de toutes. Les maris d’expatriées ne se chargent pas davantage que les femmes des tâches domestiques, mais là encore comment les blâmer : ils ne le font déjà pas en général, ou tellement moins. Un exemple : l’un de mes amis  desperate housemen (cette fois je préserverai son anonymat) a emmené sa helper avec lui en France pour les grandes vacances de  juillet et août. Cela nous a fait sourire et il nous a rapidement convaincus des bénéfices tant pour sa famille que pour sa helper. Bref, nous avons un peu plaisanté mais personne n’a pour autant porté de jugement négatif. Je me demande  s’il en aurait été de même si une femme d’expat avait fait le même choix : je suis convaincue qu’on aurait vite songé qu’elle était trop habituée à son mode de vie indécent pour s’occuper comme il se doit de ses propres enfants. Pourtant les longues vacances scolaires en France seule avec sa progéniture la plupart du temps, souvent logés chez sa famille ou des amis, ne constituent pas nécessairement une partie de plaisir.

J’imagine aisément que pour eux les choses ne sont pas si faciles : il faut s’intégrer dans ce monde si féminin. Car non seulement les femmes en constituent l’écrasante majorité, mais encore les activités qui les rassemblent les ramènent violemment aux stéréotypes de genre. Ainsi on passera des cours de couture à ceux de cuisine, des ateliers sur la parentalité positive aux cours de yoga. On fera du bénévolat, répondant aux aspirations “naturelles” des femmes pour le “care”. Ce ne sont pas les seules possibilités bien sûr, mais les offres restent massivement centrées sur un féminin très traditionnel. Les hommes doivent donc s’inscrire dans ce quotidien très genré, ce qui explique probablement que beaucoup compensent par la pratique d’activités indéniablement  masculines comme des sports  assez virils (rugby, préparation de marathon…). Je conçois sans peine qu’ils se sentent un peu décalés et je comprends qu’ils éprouvent le besoin de nouer des liens avec leurs semblables.

Je me doute que ce billet suscitera leurs commentaires, je compte sur eux pour apporter leur vision de la réalité dont je n’ai qu’une idée très partielle. Je leur suis infiniment reconnaissante  de perturber cette ambiance de gynécée parfois pesante. Mais ne nous trompons pas : nous n’avons pas laissé derrière nous les ressorts de la domination masculine en partant au bout du monde…

 

 

 

 

2 réponses sur “Trouble dans le genre”

  1. Bizarrerie sympathique… admirable… je rougis… et moi j’avais choisi massage au lieu de rugby… histoire de mieux me fondre dans la masse…

    1. Tu as raison, dans mon large échantillon d’au moins 4 maris d’expat que je connais vraiment il n’y en a qu’un qui fait du rugby, la pratique de sports virils n’est donc pas un passage obligé. Mais au moins tu bricolais si je me souviens bien 😉

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